L’arnaque du bilan carbone
par Ploum le 2026-08-10
Pourquoi nous nous sommes fait avoir dans notre soi-disant lutte contre le réchauffement climatique
Ne plus prendre l’avion, acheter des électroménagers de moindre consommation ou se déplacer en voiture électrique semblent être les mesures antiréchauffement climatique dont j’entends le plus parler. Ça et guillotiner les milliardaires qui voyagent en jet privé. D’ailleurs, les estimateurs de bilan carbone pullulent.
Mais je suis de plus en plus convaincu que c’est une grossière erreur. Nous sommes en train de compter nos grammes de CO² produits et cela a probablement autant d’impact que faire pipi sous la douche. Cela nous occupe pour nous donner l’impression de faire quelque chose tout en permettant aux politiciens de ne surtout rien changer.
Comprendre le réchauffement climatique.
Revenons à la base. Il existe sur la planète une quantité fixe de carbone qui est invariable (on peut oublier les très rares apports de météorites). De ce carbone, une grande quantité est prisonnière dans le centre de la terre dont elle s’échappe parfois lors des éruptions volcaniques. Mais simplifions et oublions cela.
Nous avons donc une quantité de carbone fixe pour la surface et l’atmosphère, que j’appelle « le système surface ».
Il y a des milliards d’années, il n’y avait pas d’oxygène dans l’atmosphère, mais énormément de gaz carbonique. L’abondance de CO² a permis une explosion de la vie, principalement le plancton, extrayant le carbone de l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Mais la photosynthèse produit un déchet éminemment toxique pour beaucoup de formes de vies : l’oxygène !
Cette période porte le nome de « Grande Oxydation ».
Heureusement, ce processus ayant eu lieu sur des centaines de millions d’années, des formes aérobiques ont eu le temps d’évoluer, formes de vie qui survivaient grâce au processus inverse : consommer de l’oxygène et produire du CO². Nous faisons nous-mêmes partie de cette forme de vie. Nous devons donc ingérer du carbone, via l’alimentation, afin de le brûler avec de l’oxygène pour produire de l’énergie et expirer le déchet, le CO².
Un point particulièrement important est que la somme du carbone de la surface et du carbone de l’atmosphère n’est jamais modifiée. S’il y a plus de plantes et de planctons, le carbone est fixé sur la surface et dans les océans. S’il y a plus d’humains et d’animaux, il y a un peu plus de carbone dans l’atmosphère. Mais la somme des deux reste constante.
Lorsqu’un être vivant meurt, quel qu’il soit, son carbone est soit rendu à l’atmosphère via la décomposition (qui est une forme de combustion), soit intégré à un autre être vivant via l’alimentation.
La fossilisation du carbone
Une troisième voie est cependant possible. Lorsqu’un « cadavre » s’enfonce dans le sol ou dans un fond marin, son carbone est comme capturé par la planète. Il ne peut plus rejoindre l’atmosphère ni être consommé. Avec le temps et les très hautes pressions, ce carbone se fossilise.
Les plantes fossilisées deviennent essentiellement du charbon tandis que les autres formes de vie, principalement les espèces de planctons, se transforment en hydrocarbures : pétrole et gaz fossile (aussi appelé « gaz naturel »).
Le point le plus important de cette fossilisation est qu’elle a retiré énormément de carbone de la surface. Au fil des milliards d’années, le taux de CO² de l’atmosphère a donc chuté de manière extrêmement importante, entraînant un refroidissement climatique. Le CO² a en effet la propriété de « capturer » la chaleur du soleil comme le ferait une serre. Cette particularité du CO² a été mainte fois observée et prouvée depuis la moitié du 19e siècle.
Avec moins de CO² dans l’atmosphère, la terre s’est lentement refroidie, au détriment de certaines espèces, mais au plus grand bonheur d’autres dont l’Homo Sapiens Sapiens. Le « lentement » est important. On parle de dizaines de millions d’années.
L’extraction du fossile
Le grand malheur de notre espèce est que, depuis la révolution industrielle, nous avons découvert que ce carbone fossile brûle très bien. C’est donc un formidable réservoir d’énergie, de joules, que chacun veut exploiter. En fait, on sait depuis longtemps qu’il brûle bien, mais les réserves étaient inaccessibles : il fallait plus de joules pour extraire du charbon que ce qu’il produisait en brûlant. L’invention du moteur à vapeur va changer la donne et permettre l’industrialisation des mines de charbon puis des puits de pétrole (relisez « À l’ombre des derricks »).
Comme me le disait Philippe Samyn, le Joule est l’unité qui fait tourner le monde. Et le carbone fossile en est une fameuse réserve.
Mais, en brûlant ce fossile, nous remettons en circulation dans l’atmosphère du carbone qui était séquestré depuis des millions ou des milliards d’années.
Le changement climatique est bel et bien humain, la question ne devrait même pas se poser vu que chaque puits de pétrole, chaque mine de charbon et chaque gisement de gaz n’a, au fond, qu’une seule utilité : remettre dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards d’années.
J’espère que cette explication cloue aussi définitivement le bec aux idées absurdes comme le fait que les cyclistes contribuent également au réchauffement climatique en respirant et en mangeant des côtelettes. Que vous mangiez un steak ou une salade de pois chiche, tout le carbone que vous consommez était encore dans l’atmosphère il y a quelques jours. Vous n’ajoutez aucun atome au système de la surface. Par contre, allumez la flamme d’un briquet et vous êtes littéralement en train d’envoyer dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards d’années.
Ce billet est également la réponse à l’idée parfois entendue que cette recarbonisation serait « naturelle ». Il a fallu des milliards d’années pour capturer ce carbone que nous relâchons presque totalement en moins de 200 ans ! C’est 10 millions de fois plus vite ! Aucune adaptation du vivant ne peut se faire à cette vitesse !
Le renouvelable est-il la solution ?
Intuitivement, vous vous dites qu’il suffit de ne pas utiliser de briquet et de passer à une énergie dite « renouvelable », des joules propres produits sans carbone fossile. Qu’il faudrait consommer « intelligemment » pour savoir combien de grammes de CO² ont été produits pour tel ou tel objet.
Mais c’est à la fois très compliqué à calculer et complètement inutile.
Tout l’effort pour passer vers le renouvelable se base sur la théorie (essentiellement fausse dans le monde réel) de l’offre et la demande en se disant que « si le renouvelable devient moins cher, les gens n’achèteront plus de pétrole et les puits ne seront plus rentables et donc se fermeront ».
Cela permet aux néolibéraux de se déclarer écologistes, mais c’est évidemment complètement et dangereusement faux. À l’heure actuelle, la moitié du pétrole extrait sert à déplacer l’autre moitié jusqu’aux pompes ou aux centrales tout en restant l’un des produits les plus rentables du monde !
Tout le pétrole, charbon et gaz déjà extrait sera consommé, quoi que vous fassiez. Une fois extrait, le carbone fait littéralement partie du système de la surface. À moins d’arriver à convaincre 100% des humains de ne plus utiliser de pétrole ou de charbon et de laisser intactes les réserves mondiales, ce dont je doute fort, il sera brûlé. Même si le pétrole devenait soudain beaucoup trop cher, il serait revendu à perte (vu que déjà extrait). Et il restera toujours un atout stratégique essentiel des armées, ce qui lui confère une valeur intrinsèque importante (le jet supersonique, le missile balistique et le char d’assaut sont difficilement imaginables en version électrique).
La seule mesure réaliste et efficace pour lutter contre le réchauffement climatique est d’arrêter l’extraction de carbone fossile. Point à la ligne. Tout le reste n’est que poudre aux yeux malhonnête ou confondante naïveté.
Entendons-nous bien : toutes les mesures « écologiques » sont généralement positives et procurent bien des avantages (moins de particules fines, moins de pollution dans les océans ou les sols …). Je les encourage fortement. Mais, quand on parle du réchauffement climatique, elles nous distraient de l’essentiel.
Capturer le carbone
Planter des arbres, c’est pas mal. J’aime beaucoup les arbres. Cela permet de modifier l’équilibre sol/atmosphère, ce qui est toujours appréciable. Mais il faut en planter beaucoup et s’assurer qu’ils ne brûlent pas. Même avec beaucoup d’arbres, le carbone fait désormais partie de notre cycle de surface !
Prétendre que planter des arbres contrebalance l’extraction fossile est une escroquerie pure et simple, car, en pourrissant ou en brûlant, le carbone de l’arbre va bientôt revenir dans l’atmosphère. Et quand bien même c’est utile, le mécanisme économique des certificats de compensation carbone est une arnaque qui entraîne plus d’émissions !
C’est également la raison pour laquelle les tentatives d’extraction industrielles du carbone de l’atmosphère sont vouées à l’échec. Il faudrait non seulement extraire plus de carbone qu’on en produit, mais aussi arriver à le fossiliser, à faire en sorte que celui-ci ne puisse plus jamais revenir dans l’atmosphère.
Certains imaginent capturer le carbone dans le béton de constructions, mais l’échelle est ridicule par rapport à la quantité de carbone fossile qui est extraite à chaque seconde. Et, au fond, mettre du carbone dans nos constructions, ça s’appelle des planches en bois. Mais comparez cela avec la quantité de barils de pétrole extrait à chaque instant.
De nouveau, on tente de se distraire, d’imaginer toutes les solutions les plus absurdes les unes que les autres. Toute sauf la seule réelle : arrêter l’extraction.
Parce que je ne vois pas d’autres solutions
Il suffira de quelques jours froids cet hiver pour faire oublier les canicules de 2026 et entendre les habituels poncifs sur le déni du réchauffement climatique. Et puis, quand bien même le sujet reviendrait dans l’actualité, les militants accuseront les jets privés et les politiques annonceront une prime pour l’installation de panneaux photovoltaïques. Les geeks se rassureront en achetant un smartphone « éthique » avec un chiffre arbitraire de grammes de CO² sur la boîte (qui est bien, car entouré en vert).
Il n’en reste pas moins que chaque litre de pétrole, chaque kilogramme de charbon extrait contribue au réchauffement climatique. Que les entreprises qui se livrent à cette activité sont criminelles, que leurs cadres devraient être traduits en justice pour tous les morts et toutes les catastrophes climatiques. Bref, pour crime contre l’humanité.
Les états devraient en prendre la mesure et interdire toute importation de produits issus de l’extraction du carbone fossile.
C’est la seule solution réelle si nous voulons efficacement ralentir puis stopper le réchauffement climatique. Il n’y a pas de demi-mesures possibles. Et, en plus, c’est techniquement assez simple. Il « suffirait » d’une résolution de l’ONU suivie d’un Nuremberg du climat.
Mais, franchement, vous y croyez vous ?
Vous connaissez un seul politicien qui pourrait être élu avec cette idée ?
Alors on va aller faire pipi sous la douche en tentant de se convaincre que la fameuse parabole du colibri n’est pas une pure intoxication néolibérale pour rejeter la culpabilité d’une catastrophe planétaire sur les choix de consommation de l’individu.
Je suis sans cesse tiraillé entre l’idée qu’il faut que je produise moins de CO² et la certitude que, de toute façon, cela ne sert à rien : tout carbone fossile extrait sera bientôt dans l’atmosphère, que ce soit demain ou dans dix ans.
Il n’y a pas de bilans carbone honnêtes. Il n’y a que le carbone de surface et le carbone fossile. Si nous ne condamnons pas rapidement et durement ceux qui extraient le carbone fossile, le trou qu’ils sont en train de creuser sera la tombe de l’humanité…
À propos de l’auteur :
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
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